COASTER FORMULE 1

Parc Saint-Paul : l’ancien propriétaire jugé pour l’accident mortel du manège “Formule 1”

par Stéphane
4 minutes de lecture

Quatre ans après le drame du Parc Saint-Paul, le procès de l’ancien propriétaire, Gilles Campion, s’est ouvert au tribunal correctionnel de Beauvais ce 21 octobre 2025. Au cœur de l’affaire : la mort tragique d’Élodie, 32 ans, éjectée du manège Formule 1 en juillet 2020. Onze ans après un premier accident similaire, la justice tente de comprendre comment un tel drame a pu se reproduire.

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⚖️ Une audience chargée d’émotion

Lorsque la présidente du tribunal lit le récit des faits, le silence envahit la salle. Au premier rang, la famille d’Élodie porte des tee-shirts à son effigie : « Je voudrais parler à maman », « Je voudrais parler à ma fille ». Les regards se posent sur Gilles Campion, ancien patron du parc — aujourd’hui cédé au groupe Looping —, jugé pour homicide involontaire.

Un samedi d’été, un tour de trop

Le 4 juillet 2020, Élodie et ses proches passent la journée au Parc Saint-Paul. Ensemble, ils s’installent à bord du Formule 1, un petit roller coaster familial. Le train démarre, enchaîne les virages… puis vient la deuxième bosse.

“Elle est passée au-dessus de la barre, Je la tenais de toutes mes forces par la cheville. Il y a eu une boucle, et après… je n’avais plus rien.”

Quelques secondes plus tard, le manège poursuit sa course. Les témoins évoquent “un bruit horrible”. Élodie gît au sol, grièvement blessée. Elle décède sur place, victime d’un traumatisme crânien et d’une hémorragie interne.

🎠 Un manège au passé lourd

Ce n’est pas la première fois que le Formule 1 est au cœur d’un drame. En 2009, une femme de forte corpulence avait déjà perdu la vie dans des circonstances similaires. Après cet accident, des ceintures de sécurité avaient été installées sur l’attraction.

Mais, en juin 2020, un mois avant le drame d’Élodie, ces ceintures avaient été retirées.

“Je les avais mises sans rien dire à personne, je les ai enlevées pareil, C’était un élément de décor, pour rassurer la clientèle.”

Le chef d’entreprise admet aussi avoir meulé le premier cran de la barre de retenue, afin de faciliter la fermeture pour certains visiteurs. Aucune commission de sécurité n’a validé ces modifications.

⚙️ La ligne de défense du prévenu

Gilles Campion se défend en invoquant le rapport d’expertise de 2009, qui, selon lui, validait la conformité du manège.

“L’expert disait que le manège n’avait pas de problème. Si j’avais eu le moindre doute, je ne l’aurais pas rouvert.”

Pour son avocate, Me Julia Minkowski, la faute ne relève pas du pénal :

“On ne plaide pas la relaxe par cynisme, mais parce qu’il n’a pas enfreint la loi. Il n’y a pas de faute caractérisée.”

⚔️ Des réquisitions sévères

Le procureur de la République a requis 24 mois de prison, dont 8 mois ferme aménageables, ainsi qu’une amende de 45 000 €. Selon lui, l’ancien propriétaire a “créé les conditions de l’accident” :

« Vous êtes le garant de la sécurité du parc, et j’ai un peu le sentiment d’être face à un artisan de la sécurité, un bricoleur qui rafistole lui-même ses manèges », « Vous dites être capable de faire les contrôles vous-même, mais le bilan de cette attraction, c’est deux morts. »

💔 La douleur d’une famille

Pour les proches d’Élodie, les justifications de l’exploitant sont insoutenables. Me Véronique Clavel, avocate de la partie civile, rappelle que “deux femmes sont mortes sur la même attraction”.

“Il n’a jamais pris la mesure de ses responsabilités ni de la souffrance de cette famille.”

La famille réclame 600 000 € de dommages et intérêts.

“Il y a bien un responsable à cet accident”

🧠 Leçons d’un drame

L’affaire dépasse le cadre judiciaire. Elle met en lumière la fragilité de l’équilibre entre sensations et sécurité dans les parcs d’attractions. Un simple retrait de ceinture, un réglage non validé, peuvent avoir des conséquences irréversibles.

Aujourd’hui, le Parc Saint-Paul, désormais exploité par le groupe Looping, affirme avoir renforcé ses procédures de sécurité. Mais pour beaucoup, ce drame reste une alerte pour toute l’industrie : chaque modification technique, même minime, doit être validée, testée et contrôlée.

⚖️ Verdict attendu le 18 novembre

Après quatre années d’enquête et de débats, le tribunal correctionnel de Beauvais rendra sa décision le 18 novembre 2025. Un moment décisif, autant pour les proches d’Élodie que pour l’ensemble du secteur des loisirs à sensations.

“Quand on dirige un parc, on est responsable moralement de chaque visiteur”

Des mots qui résonnent encore, entre culpabilité, émotion… et un lourd sentiment d’irréparable.

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